Compte-rendu pêche en Irlande Septembre 2014

Compte rendu pêche en Irlande septembre 2014 :

 

Première pour moi d’écrire ces compte-rendu et état des lieux des rivières de l’ouest irlandais où je réside depuis plus de deux ans. Loin de connaître tous ces cours d’eau à salmonidés, même après tant d’années à y venir auparavant, je me concentrerai sur ceux que je pratique le plus pour leur richesse en truites Fario (Brown Trout) ou le plaisir qu’ils me procurent par les surprises qu’ils réservent parfois.

 

Comtés de Clare, Galway et Limerick sont mes terrains de jeux habituels dans un rayon d’environ 50 kilomètres autour de mon domicile de Finford House aux confins du Burren. Les rivières du Burren ont ceci de particulier qu’elles sont parfois souterraines sur une ou plusieurs sections de leur parcours, empêchant de ce fait les remontées de saumons. Leur débit est parfois plus important en amont qu’en aval quand une partie s’engouffre parfois dans le sous-sol calcaire pour ressurgir plus loin. Contrairement aux rivières dites normales, les truites y restent en période d’étiage, bloquées par les parties souterraines et ne pouvant pas rejoindre les lacs en été. En période d’eau basse persistante comme cette année et l’année dernière, les poissons qui le peuvent ont rejoint les lacs où ils grossiront avant de retourner frayer à l’automne. Aussi Septembre peut être un excellent mois pour capturer les plus beaux spécimens déjà remontés dans leur rivière au premier appel d’eau si de bonnes pluies se produisent.

 

D’une façon générale, l’ouverture de la truite brune a lieu au 1° Mars avec cependant beaucoup d’exceptions liées à la gestion de certains clubs de pêcheurs locaux. Certaines pourront ouvrir au 17 Mars quand d’autres ont ouvert au 15 Février. Mars reste souvent un mois difficile car les cours d’eau sont souvent encore très hauts et difficilement praticables mais dans de bonnes conditions ou à la faveur d’un petit réchauffement, nymphes, mouches noyées et parfois même mouches sèche (olives, March brown et Bibio) vont donner aux moucheurs leurs premières sensations. Il est vrai que nous avons eu cette année un hiver plutôt doux favorisant des éclosions précoces sur les rivières à faible débit (Innagh, Claureen, Beagh, Woodford). Les très importantes pluies hivernales ont cependant maintenu les eaux inhabituellement et extrèmement hautes jusqu’à début Mai où au contraire un climat sec et beaucoup plus chaud s’est installé brutalement. Très rapidement les vallées restées noyées tout l’hiver se sont asséchées. Là, les éclosions se succèdent sans arrêt et les petites mouches brunes ou noires (March Brown, Adams, Pheasant tail, Black gnat et Bibio) font leurs preuves selon les heures de la journée. De belles prises de 1 à 3 livres furent réalisées sur les grosses rivières telles la Graney, Coole, Gort river, Rine, Fergus et Camoge jusqu’à fin Juin.  A noter également la remontée à ce moment de petits saumons d’été et quelques uns furent pris sur des rivières moyennes telles la Rine et la Raford.

 

L’incontournable mouche de Mai, si populaire en Irlande à juste titre, n’a pas manqué son rendez-vous et les éclosions et pontes se sont plutôt étalées régulièrement sur Mai et Juin. Les moments les plus spectaculaires se voient en général sur les grands lacs à fonds sableux, provoquant les rassemblements de grosses truites sous les couloirs regroupant les mouches mortes. Le lac Graney par exemple héberge de jolies mémères jusqu’à 8 livres, qui viendront aussi gober le soir sur les platiers aux embouchures sablonneuses des tributaires ou aux sorties en limite de courant. Souvent très prudentes, elles ne s’approcheront du bord que tard dans la nuit et au petit matin. Si vous constatez un soir de Mai une effervescence de pêcheurs au bord d’un lac sur les coups de 19h, c’est qu’une éclosion a eu lieu et que le « mouth to mouth » ou téléphone arabe irlandais a fonctionné à haut débit, ameutant tous les adeptes du Dapping pour peu qu’il y ait un peu de bon vent.

A partir de Juin, les sedges bruns et les émergeantes sont les valeurs sûres de fin de journée et cela jusqu’à Juillet tant en rivière qu’en lac. Parfois un midge ou une fourmi volante sauveront la mise les soirs chauds et sans vent (rares toutefois).

 

Les pêcheurs locaux sont assez peu nombreux en général et pêchent  principalement à la mouche noyée en respectant les poissons qui ne sont pas leurs mets favoris dans l’assiette. On ne peut pas en dire autant de beaucoup de « migrants » pêchant avec tous les moyens possibles et imaginables, ignorant aussi bien quotas que tailles légales. S’il ne faut pas généraliser, le petit nombre d’irrespectueux fait des dégâts considérables. On déplorera également le manque d’éducation écologiste dans le pays quand on retrouve au bord et dans les rivières beaucoup de déchets en tous genres constituant une pollution visuelle et chimique (sacs à engrais, cannettes, vélos, batteries carcasses d’animaux, etc…). Beaucoup de personnes considèrent encore les cours d’eau comme des dépotoirs. Il y a encore là un gros effort à faire! C’est dommage car la densité en poissons est malgré tout importante et pourrait être meilleure encore. Il est à noter que la taille moyenne n’est pas si importante et avoisine les 22 à 23 cm même si les plus de 30cm ne sont pas rares. Cela est déjà suffisant pour s’amuser car une bonne journée en mouche sèche peut procurer parfois plus de 40 poissons tenus en main (puis relâchés bien sûr !). Cependant on ne pêche pas dans les rivières irlandaises pour faire du nombre mais plutôt pour prendre plaisir à pêcher dans des conditions agréables, un cadre magnifique et avoir le choix  de son poisson quand plusieurs gobages différents se présentent à vous. A l’occasion, je n’hésiterai pas un instant entre la roue de trottinette bruyante et la silencieuse roue de tracteur apparaissant en surface.

Débutant à la mouche, je n’ai pas honte de le dire, je m’entraîne assez volontiers sur des rivières faciles, très vives en petites truites telles la Raford ou l’Owendalluleegh bien que cette dernière ait subi des dommages il y a 3 ans dont elle se remet peu à peu. La Rine et la Beagh présentent elles aussi de jolis parcours faciles avec des rives dégagées sur au moins un côté.

 

Les saumons sont présents tous les ans en petites quantités sur ces rivières du mid-west irlandais. Pas assez cependant et presque toutes les rivières sont fermées au saumon par décision ministérielle relayée par les « Inland Fisheries Board », équivalent de nos garderies nationales. Plusieurs rivières dont la Rine, l’Owengarney et la Mulkaer ont toujours de bonnes populations de tacons, témoins d’une bonne reproduction notamment des saumons d’été que l’on y trouvera à partir de Juin après 2 ou 3 jours de bonnes pluies. Ici pas de barrages ni trop grands travaux de drainage, aussi le profil reste-t-il souvent intact. Malheureusement le braconnage sévit et représente certainement plus de danger pour le saumon que la pression de pêche elle-même. Le pêcheur qui recherchera spécifiquement le saumon et la truite de mer nécessitera le permis saumon/truite de mer à se procurer auprès des Fisheries Board. Comme en France tout saumon pris et gardé dans une rivière autorisée, devra être bagué.

 

A la fermeture de la truite, certains moucheurs prolongent leur saison avec bonheur en recherchant les brochets sur les lacs. Il est vrai que les sensations éprouvées sont très intenses même avec des petits poissons et les zones peu profondes de plusieurs lacs ou les lacs de faible profondeur s’y prêtent fort bien (Bunny, Inchiquin, Tullymacken, Ballinakill par exemple). Le petit streamer imitation d’alevin (jaune fluo, vert, orange ou argenté) sera de rigueur et fonctionne aussi bien par grand soleil que par temps couvert pour des journées pleines d’émotions. La soie numéro 5 sera remplacée par une numéro 7 à 9 selon les poissons possibles et les conditions météorologiques.

 

Théoriquement la pêche de la truite et du brochet sont libres presque partout en Irlande sauf sur des secteurs bien particuliers gérés par des clubs de pêche locaux et qui requièrent donc le permis local valable pour souvent une seule rivière, parfois même un tronçon de rivière. Ceci est regrettable pour le pêcheur nomade qui devra donc se renseigner sur cette nécessité ou pas, trouver qui délivre le permis, aller le chercher pour trouver parfois porte close au risque d’y passer une partie de la journée. Quand trouveront-ils un terrain d’entente pour mettre en place un permis unique réciprocitaire valable sur l’ensemble du territoire même s’il n’est destiné qu’aux visiteurs et pour une durée déterminée. Chacun y gagnerait et les fonds collectés pourraient être utilisés à l’aménagement ou l’entretien des rives dans certains cas.

Il n’en reste pas moins qu’une telle densité de jolis cours d’eau aussi riches et rappelant plus ou moins la Bretagne ne se rencontre plus sur le territoire français depuis des lustres.

 

Christophe Le Guérinel

 

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